Opportunités d’investissements : Le secteur privé à l’assaut des agropoles et des plateformes industrielles
Le Ministère de l’Industrie et du Commerce a organisé la journée de mobilisation du secteur privé dans les plateformes industrielles et les agropoles le jeudi 12 mars 2026 à Dakar. La rencontre a été l’occasion de présenter aux investisseurs les opportunités dans ces sites aménagés et la politique industrielle. L’objectif est d’impulser le développement national à travers la transformation locale.
La directrice de Cabinet du Ministère de l’Industrie et du Commerce, Yacine Gningue Diakhaté a présenté la politique industrielle et commerciale du Sénégal. Elle précise que celle-ci prend en compte les recommandations faites lors des états généraux de l’Industrie et du Commerce. Le diagnostic a permis d’identifier 35 contraintes à l’industrialisation. Pour inverser la tendance, des leviers tels que le coût de l’énergie, les mesures de défense commerciale, le cadre fiscal et douanier, etc., ont été ciblés. Mme Diakhaté note que la Politique Industrielle et Commerciale est arrimée à la Vision Sénégal 2050 avec quatre moteurs de croissance.
L’articulation stratégique de la Politique Industrielle et Commerciale repose sur la création du Conseil National de l’Industrie (CNI), des réformes et des mesures ainsi que des projets et plateformes industrielles. Le CNI compte parmi ses missions la signature de contrats-programmes selon les filières, le suivi desdits contrats et de la stratégie d’industrialisation et les orientations et les arbitrages. Ainsi, 11 réformes structurantes sont prévues d’après la directrice de Cabinet du Ministère de l’Industrie et du Commerce.
Création d’emplois
La coordonnatrice du Programme National de Développement des Agropoles (PNDAS), Aïssatou Ndiaye a fait une présentation détaillée des agropoles qu’elle considère comme des terreaux fertiles pour l’installation et le développement des entreprises. Mme Ndiaye fait savoir que d’ici 2030, 30 parcs agroalimentaires industriels vont être fonctionnels. Elle indique qu’un parc agroalimentaire industriel inclue la transformation des produits agricoles, des services tels que la mécanisation, la maintenance, l’emballage, etc. Ces sites aménagés disposent de hangars industriels, d’entrepôts de stockage, de bâtiments administratifs, d’infrastructures logistiques. La formation duale est rendue possible avec le centre d’excellence implanté dans chaque agropole.
A ce jour, les trois parcs agroalimentaires industriels déjà mis en place sont celui d’Adéane (Ziguinchor), celui de Kolda et celui de Mbellacadio (Fatick). Leurs coûts de réalisation respectifs sont 13 milliards de F CFA, 2,6 milliards de F CFA et 3,6 milliards de F CFA. La coordonnatrice du PNDAS rassure les investisseurs sur les avantages offerts par l’installation d’une entreprise dans les agropoles. Il s’agit entre autres de l’accès à des unités de transformation équipées, l’accès à des services logistiques et de maintenance et la possibilité de bénéficier des services du centre d’excellence.
Pour sa part, le directeur général de l’Agence de Promotion des Sites Industriels (APROSI), Mamadou Lamine Ndiaye a présenté les projets de plateformes industrielles. Trois offres sont proposées : la Zone d’Auto-Construction (ZAC), le Domaine Industriel et la Plateforme Industrielle Intégrée. M. Ndiaye a fait un zoom sur la plateforme industrielle de Touba. Celle-ci comprend des secteurs comme l’industrie pharmaceutique, le textile, l’assemblage des véhicules. Le coût global des investissements est de 92,4 millions d’euros (environ 60 milliards 610 millions F CFA).
M. Ndiaye informe que la plateforme industrielle de Touba va générer 40.000 emplois directs et indirects. Son inauguration est prévue en 2027. Le directeur général de l’APROSI a listé un certain nombre de raisons de s’implanter dans les plateformes industrielles. Ces sites offrent un écosystème industriel intégré et compétitif, du foncier sécurisé et viabilisé, des infrastructures modernes et une connectivité logistique stratégique. En outre, les investisseurs bénéficient d’un accompagnement institutionnel et d’un cadre fiscal et douanier attractif.
Venu présider la cérémonie, le Premier ministre Ousmane Sonko a souligné l’urgence de développer des secteurs stratégiques de l’économie. Pour y parvenir, il estime qu’il est crucial de bâtir des filières fortes. Selon lui, l’industrialisation doit être soutenue par une production à la hauteur. Celle-ci passe, d’après M. Sonko, par la modernisation des exploitations afin d’exploiter pleinement le potentiel agricole. Il a mis en avant le renforcement du programme des agropoles avec l’intégration du volet production, l’accompagnement des agriculteurs et le soutien des coopératives.
Le Premier ministre est convaincu que la baisse des coûts de production est un maillon essentiel pour booster la compétitivité de notre économie. Il a mis en exergue la position géographique du Sénégal qui est un atout notamment dans la distribution. M. Ousmane Sonko a rappelé l’importance de l’investissement endogène tout en reconnaissant la nécessité de capter des capitaux étrangers. Il a annoncé la tenue prochaine du Conseil présidentiel sur l’industrialisation et le lancement à venir de l’initiative « Sunu champion ». Le chef du gouvernement a, par ailleurs, lancé un appel au secteur privé à investir dans les agropoles. Il a également souligné la pertinence d’orienter la production vers les besoins de transformation.
Dynamique prometteuse
Le représentant du patronat sénégalais, Alla Sène Guèye a mis en exergue un certain nombre de barrières à l’industrialisation du Sénégal. Celles-ci ont pour noms l’absence de concertation entre l’Etat et le secteur privé, les pratiques de concurrence déloyale, la faible capacité d’innovation, les surcoûts anormaux de production, la main-d’œuvre limitée. M. Guèye se réjouit de la tenue des états généraux de l’industrie et du commerce qui a donné lieu à des consensus larges et à des concertations approfondies.
Selon le représentant du secteur privé, l’une des décisions phares adoptées après huit mois de concertations, est la mise en œuvre du Conseil National de l’Industrie (CNI), pont entre l’Etat et le secteur privé. Parmi les retombées issues de la mise en place dudit cadre, le patronat sénégalais attend l’amélioration de la compétitivité et de la productivité, la rétention de la valeur ajoutée au niveau national, la préservation du pouvoir d’achat des concitoyens contre les inflations dues aux chocs exogènes. D’après M. Guèye, l’accroissement de la transformation locale des ressources naturelles est également espéré. Le représentant du patronat a remis au Premier ministre Ousmane Sonko le livre blanc des états généraux de l’Industrie et du Commerce.
S’exprimant au nom des partenaires, l’ambassadrice du Royaume de Belgique au Sénégal, Hélène De Bock a souligné l’importance des agropoles sud et centre. Pour l’agropole centre, elle est enthousiaste quant à la transformation structurelle des régions de Fatick, Kaolack et Kaffrine. Elle fait savoir que le montage financier de l’agropole centre s’élève à 165 millions d’euros (plus de 108 milliards 232 millions F CFA). Plusieurs filières sont prises en compte telles que l’agroalimentaire, le sel, l’élevage, l’aquaculture, etc,. Mme De Bock est persuadée que tous les ingrédients sont réunis pour réussir. Elle invite le secteur privé à investir dans lesdits sites d’autant plus que la dynamique est très prometteuse.
Onass MENDY


