Difficultés d’accès aux financements pour les PME : Cheikh Ahmed Tidiane Sy liste quelques blocages des banques

Ses nombreuses années d’expérience comme banquier a permis à Cheikh Ahmed Tidiane Sy, devenu entrepreneur, de maîtriser les mécanismes de financements du secteur bancaire. Invité à s’exprimer sur « les difficultés d’accès aux financements des PME », le directeur général de Takkamoul Agro a listé quatre éléments qui représentent des blocages pour les banques quand il s’agit de financer les PME.

Après plusieurs années d’expérience dans le secteur de la banque, Cheikh Ahmed Tidiane Sy s’est lancé dans l’entrepreneuriat avec Takamoul Food SA qui s’active dans la production, la transformation et la commercialisation de la tomate. Le groupe a lancé sa filiale Takamoul agro dont M.SY est le directeur général.
Une belle expérience qui lui permet de connaître la problématique du financement des PME par les banques, notamment.

Non-maîtrise de la notion de PME par les Banques

Pénaliste lors du Grand Débat organisé par la Chambre de Commerce de Dakar, M Sy a d’abord soulevé plusieurs problématiques à l’origine des difficultés d’accès aux financements.
De l’avis du directeur général de Takamoul Agro, les banques au Sénégal n’ont pas une parfaite maîtrise de ce qu’est une PME. Cela se manifeste par un problème de segmentation des différentes PME selon leur envergure. « Il se pose la question de savoir quels sont les mécanismes adoptés par les banques pour financer les entreprises qui sont dans le même segment, mais qui ne répondent pas aux mêmes critères, aux mêmes structurations », explique-t-il.
Poursuivant dans son argumentaire, M. SY invite par la même occasion les banques à aller au-delà de la définition que la Loi a faite de la PME ; ceci pour mieux appréhender les contraintes auxquelles les différents segments de PME sont confrontés. « Il y a d’autres critères qui doivent intervenir dans la définition de la PME », affirme.

Jonction entre financements des PME et création d’emplois

Depuis quelques années, une jonction est faite entre les politiques de l’Etat en matière de création d’emplois et le financement de la PME, constate l’ancien banquier. En d’autres termes, les politiques de l’Etat relatives au financement des PME ont davantage pour soubassement : la création d’emplois. Ce qui, selon l’entrepreneur, engendre des scepticismes du secteur bancaire quant à la pérennité des PME et quant à leur capacité à « se créer, se recréer et se reproduire dans le temps ». « L’échec des politiques publiques en matière de création d’emplois a donné, peut-être, une mauvaise image du financement de la PME aux yeux des banques », lance-t-il.

Maitrise des chaînes de valeur

Les banques préfèrent concentrer leurs financements sur les entreprises formelles au lieu de passer par les chaînes de valeur, explique Cheikh Ahmed Tidiane Sy. Il faudrait plutôt orienter les financements sur les chaînes de valeur, indique-t-il. Donnant l’exemple de Takamoul Food qui travaille avec des partenaires non-formels (producteurs), M. SY explique que les banques devraient financer toute la chaîne de valeur au lieu de cibler exclusivement la structure qui est formelle.

Règles prudentielles (Bâle 2 Bâle 3)

Les PME sénégalaises ont des difficultés d’accès aux financements sur la base de règles prudentielles, estime l’ancien banquier. Ces difficultés concernent surtout les garanties, pense -t-il. M. SY estime que ces règles ont instauré un schéma de nivellement vers le haut alors que « nos entreprises n’ont pas eu le temps de se développer, de créer de la valeur, d’avoir de l’autofinancement pour pouvoir acquérir des actifs afin de pouvoir les donner en garantie ». M. Sy pense par conséquent qu’il ne faudrait pas mettre les PME sénégalaises et européennes au même niveau sur la base des règles prudentielles.

Sanou BADIANE

Papa Code NDOYE

http://bie.cciad.sn

Related post