Propriété intellectuelle : Les chefs d’entreprise outillés face aux enjeux de compétitivité
La Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Dakar (CCIAD) a organisé, le 3 avril 2026, en collaboration avec la Conférence permanente des chambres consulaires et organisations intermédiaires africaines et francophones (CPCCAF), un atelier de sensibilisation consacré à la propriété intellectuelle (PI). Destinée aux entrepreneurs et porteurs de projets, cette session visait à combler un déficit d’information et à favoriser une meilleure appropriation des outils de protection des créations. À cette occasion, François Kaiser, conseiller en propriété intellectuelle à l’Institut National de la Propriété Industrielle (INPI) de France, a présenté les enjeux et les avantages liés à la maîtrise de ces mécanismes.
Malgré son importance, la propriété intellectuelle demeure encore insuffisamment exploitée par de nombreux acteurs économiques en Afrique et plus particulièrement au Sénégal. Pourtant, selon François Kaiser, son rôle devrait s’intensifier dans les années à venir, notamment en raison de la progression rapide des investissements dans les actifs immatériels, désormais largement supérieurs à ceux consacrés aux actifs matériels.
L’expert souligne que la protection d’un projet présente plusieurs avantages. Elle permet notamment de se prémunir contre la copie et la contrefaçon, de valoriser économiquement une innovation à travers des licences ou des cessions de droits, et de renforcer l’attractivité d’un projet auprès des investisseurs. Elle contribue également à consolider la notoriété et la crédibilité des entreprises.
Identifier ce qui est protégeable
L’un des points clés abordés lors de l’atelier concerne l’identification des éléments pouvant bénéficier d’une protection. Toutes les créations ne sont pas éligibles à la propriété intellectuelle.
Ainsi, les idées, les découvertes, les théories scientifiques ou encore les méthodes mathématiques ne peuvent pas être protégées. En revanche, les créations originales, les inventions, les signes distinctifs, les dessins et modèles, les obtentions végétales, les topographies de semi-conducteurs et les bases de données peuvent faire l’objet d’une protection, sous certaines conditions.
Des outils adaptés à chaque besoin
Les participants ont été familiarisés avec les principaux instruments de la propriété intellectuelle.
Le brevet protège les inventions techniques répondant à des critères de nouveauté et d’activité inventive, pour une durée pouvant aller jusqu’à 20 ans. La marque permet, quant à elle, d’identifier et de distinguer les produits ou services d’une entreprise, tout en participant à sa visibilité.
Les dessins et modèles concernent l’apparence des produits, tandis que les indications géographiques valorisent les productions liées à un territoire spécifique. Enfin, le droit d’auteur protège automatiquement les œuvres originales, sans formalité préalable.
Utilisés de manière complémentaire, ces outils permettent aux entreprises de sécuriser et de valoriser leurs actifs immatériels.
Des cas pratiques pour une meilleure compréhension
Afin de rendre les échanges plus concrets, les participants ont travaillé sur des cas pratiques. L’exemple d’un produit à base de bissap, reposant sur une recette originale et un design de bouteille innovant, a permis d’illustrer les différentes options de protection.
Cet exercice a mis en évidence l’intérêt d’adopter une approche globale, combinant plusieurs outils de propriété intellectuelle pour sécuriser un produit et accompagner son développement, notamment à l’international.
Par ailleurs, l’atelier a mis en lumière le rôle de l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI), qui offre un cadre harmonisé de protection dans 17 pays africains.
Grâce à ce système, une seule procédure permet d’obtenir une protection sur l’ensemble du territoire couvert, simplifiant les démarches et réduisant les coûts. Ce dispositif constitue un atout pour les entreprises sénégalaises souhaitant se développer à l’échelle régionale.
Sanou BADIANE

