Partenariats public-privé : Le secteur privé plaide pour une plus forte implication des entreprises sénégalaises
À l’occasion du Grand débat économique consacré aux Partenariats Public-Privé (PPP), organisé par la Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture de Dakar (CCIAD), le mercredi 16 septembre 2026, les acteurs du secteur privé ont insisté sur la nécessité de faire des PPP un véritable levier de développement des entreprises nationales et de souveraineté économique. Ils ont notamment appelé à une meilleure articulation entre l’offre et la demande, à un renforcement de la collaboration entre l’État et le secteur privé ainsi qu’à une adaptation des mécanismes de financement.
Intervenant sur l’utilité des PPP, le président du Syndicat professionnel des entreprises du BTP du Sénégal (SPEBTPS), Oumar Ndir, a relevé que cinq projets PPP ont été engagés depuis l’adoption de la loi sur les partenariats public-privé, avec une participation majoritaire d’entreprises étrangères. Il a toutefois estimé que le dispositif d’encadrement, notamment avec l’intervention de l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP) et des autres structures compétentes, doit permettre de renforcer la participation des entreprises sénégalaises.
Pour le président du SPEBTPS, les PPP ne constituent pas un mécanisme nouveau. Leur pratique remonte, selon lui, à plusieurs siècles. Dans le contexte actuel, leur développement répond surtout à la nécessité de mobiliser davantage les capacités d’investissement et l’expertise du secteur privé pour accompagner la réalisation des infrastructures.
Réalisation de projets structurants
Oumar Ndir a ainsi appelé à poursuivre la sensibilisation des pouvoirs publics sur le fait que la construction et le financement des infrastructures ne relèvent pas exclusivement de l’État. Cette évolution est d’autant plus nécessaire, selon lui, au regard des besoins de financement du Sénégal.
Sur la période 2025-2029, les besoins de financement annoncés pour la réalisation des ambitions nationales atteignent environ 18 000 milliards de F CFA. À titre de comparaison, la Côte d’Ivoire prévoit, dans le cadre de sa Stratégie nationale de développement 2026-2030, des investissements de l’ordre de 114 000 milliards de F CFA, dont 70 % devraient provenir du secteur privé ivoirien.
Cette expérience ivoirienne, marquée par une collaboration étroite entre le Gouvernement et le secteur privé, constitue, selon lui, une source d’inspiration. Le Sénégal dispose également d’une expertise avérée dans plusieurs domaines, notamment les BTP et les infrastructures. L’enjeu est dès lors de favoriser la percée des entreprises sénégalaises afin qu’elles puissent capter une part plus importante des investissements et participer à la réalisation des projets structurants.
Pour Oumar Ndir, cette démarche participe directement à la construction de la souveraineté économique. Il a appelé à accélérer la cadence dans le domaine des BTP et à faire des PPP une véritable « épine dorsale » du développement des infrastructures.
Repenser les mécanismes de financement
Le président du SPEBTPS a également insisté sur la nécessité de mieux faire correspondre l’offre des entreprises et la demande publique. Dans cette perspective, il a proposé l’organisation d’une rencontre entre les acteurs publics et privés autour des projets catalytiques prioritaires, afin de permettre aux entreprises nationales de mieux se positionner sur les opportunités offertes par les PPP.
M. Ndir a toutefois identifié le foncier comme l’un des principaux obstacles à la concrétisation des projets. Malgré cette contrainte, il a estimé que le secteur privé sénégalais dispose des capacités nécessaires et se tient prêt à accompagner les pouvoirs publics.
Pour sa part, le président de la Fédération des Industriels du Sénégal, Alla Sène Gueye, a mis l’accent sur la nécessité de renforcer le partage des risques entre l’État et le secteur privé. Il a rappelé que les entreprises sénégalaises disposent d’une expertise éprouvée dans plusieurs domaines, notamment les BTP et la construction routière.
À ses yeux, le développement des PPP repose d’abord sur le respect des règles du jeu par l’ensemble des parties. Il a, à cet égard, cité plusieurs expériences qui, selon lui, illustrent les dysfonctionnements pouvant affecter certains projets, notamment Môle 4, la Sénégalaise des Eaux (SDE), AEE Power et l’Office des Forages Ruraux (OFOR).
L’industriel a également plaidé pour une diversification des mécanismes de financement. Pour lui, le PPP doit notamment être davantage associé aux mécanismes de crédit export, tout en laissant une place plus importante à l’innovation financière.
Mobiliser des ressources
Alla Sène Gueye a proposé de réfléchir à de nouvelles sources de financement permettant de réduire la pression sur les finances publiques. Il a notamment évoqué l’expérience de la Suisse, dont le PIB est estimé à environ 800 milliards d’euros, tandis que le secteur bancaire représente, selon les données citées lors de son intervention, près de 11 000 milliards d’euros.
Au Sénégal, il préconise notamment de mieux valoriser les ressources générées par les infrastructures, à travers les redevances aéroportuaires, les redevances foncières, les mécanismes liés à l’assainissement et à l’électrification rurale.
M. Gueye a également évoqué les retenues du Conseil sénégalais des chargeurs (COSEC) sur les opérations portuaires, qui permettraient de collecter environ 27 milliards de F CFA par an, ainsi que les ressources liées à la modernisation des infrastructures douanières. Ces différents flux pourraient, selon lui, contribuer au financement de nouveaux projets en PPP.
L’industriel a enfin appelé à revoir le système de financement des infrastructures, citant notamment le Fonds de soutien au secteur de l’énergie (FSE), doté, selon ses indications, de 800 milliards de F CFA, mobilisés dans le cadre de la stabilisation de l’électricité.
Pour les représentants du secteur privé, l’enjeu est ainsi de dépasser une approche des PPP limitée à la recherche de financements et d’en faire un instrument de mobilisation de l’expertise nationale, de développement des entreprises sénégalaises et d’accélération des infrastructures, au service de la souveraineté économique.
Onass MENDY

