Partenariats Public-Privé : Les leviers pour renforcer l’implication du secteur privé national

Le consultant en investissement Abdoulaye Ly a animé une présentation consacrée aux « Partenariats Public-Privé : principes et pratiques », à l’occasion du grand débat économique organisé par la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Dakar (CCIAD), le mercredi 16 septembre 2026. Il est revenu sur les caractéristiques des PPP, leur cadre juridique et les opportunités qu’ils offrent au secteur privé. L’expert a également formulé des pistes pour permettre à l’Institution consulaire de mieux accompagner le tissu économique local.

Abdoulaye Ly a situé son intervention dans un contexte économique marqué, selon les données présentées, par un déficit budgétaire de 12,3 % et un taux d’endettement de 132,2 %. L’Agenda national de Transformation constitue le référentiel économique du pays. Sur la période 2025-2029, le Sénégal ambitionne de mobiliser 18.496,8 milliards de F CFA, dont 11.510 milliards attendus du secteur public, 2.615,8 milliards du secteur privé et 4.371 milliards à travers les PPP. Les secteurs prioritaires concernent notamment l’agriculture, la pêche, la production animale, les infrastructures et unités de santé, les hydrocarbures et le « Gas-to-Power », le numérique, l’habitat et la construction.

Des responsabilités partagées

Le PPP est un accord par lequel une personne publique confie à un partenaire privé le financement, la conception, la construction, voire l’exploitation d’infrastructures ou d’équipements contribuant à l’exécution d’un service public. L’expert distingue deux grandes familles : les délégations de service public (DSP) et les contrats de partenariat. Les PPP peuvent également être à paiement public ou à paiement par les usagers.

Parmi leurs principales caractéristiques figurent l’expertise et les ressources financières mobilisées par le secteur privé, le partage des risques, la mission globale confiée au partenaire privé, une rémunération liée à la performance et la durée généralement longue des contrats. Dans les DSP, plusieurs formes sont possibles, notamment la gestion, l’affermage, la régie intéressée et la concession. Les contrats de partenariat comprennent notamment le bail emphytéotique administratif (BEA) et l’autorisation d’occupation temporaire (AOT).

Dans les montages en PPP, la personne publique prend notamment en charge la libération des emprises, l’indexation des subventions selon une formule de révision des prix, ainsi que certains risques liés au pays, aux facteurs géopolitiques et aux externalités sociales. Le partenaire privé assure, pour sa part, la conception, la construction, le financement, l’exploitation, l’entretien et la maintenance des infrastructures. Il assume notamment les risques de marché, de trafic, de conception-construction et les risques opérationnels.

Abdoulaye Ly a cité plusieurs expériences de PPP au Sénégal, dont la desserte maritime Dakar-Gorée, le pesage de la charge à l’essieu, le terminal à conteneurs de Dubai Port World, l’exploitation des eaux, la Gare des Baux Maraîchers et l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD). Il a également évoqué des projets futurs dans le chemin de fer, les agropoles, le tourisme, le Port de Ndayane et le Train express régional (TER). Le consultant a également répertorié des ouvrages présentant un potentiel de PPP, comme le Stade Abdoulaye Wade, le Grand Théâtre Doudou Ndiaye Coumba Rose, l’Hôtel King Fahd Palace, le Musée des Civilisations noires, les autoroutes, les Zones économiques spéciales et le BRT.

Levée des contraintes

Le cadre juridique des PPP est régi par la loi n° 2021-23 du 2 mars 2021 relative aux contrats de partenariat public-privé. Pour le consultant, ce dispositif répond à plusieurs enjeux : renforcer la souveraineté économique et le développement du secteur privé, garantir la qualité et la durabilité des infrastructures et services, faciliter la réalisation de projets structurants et contribuer à l’assainissement des comptes publics.

Il a notamment relevé comme innovations l’unification des cadres juridiques des PPP, le soutien au secteur privé national, la suppression du seuil de 50 milliards de F CFA pour les offres d’initiative privée (OIP), le contrôle dynamique de la soutenabilité budgétaire ainsi que la création du Fonds d’appui aux partenariats public-privé (FAPPP) et de l’Unité nationale d’appui aux partenariats public-privé (UNAPPP).

Le parcours d’un projet en PPP comprend quatre étapes : l’identification et la sélection du projet, l’évaluation préalable, la passation et la conclusion du contrat, puis son exécution et son suivi-évaluation. Son champ d’application couvre notamment la mobilité, les téléservices, l’agriculture, la justice, le sport, la pêche, la santé, l’éducation, le tourisme et l’industrie.

L’expert a toutefois relevé plusieurs obstacles au développement des PPP au Sénégal, notamment l’insuffisance des ressources de long terme, la frilosité des banques, le poids de la dette, les lenteurs de paiement, les faibles capacités de négociation de l’État, les contraintes foncières et la faible maturité de certains projets. Il a également cité les lourdeurs administratives, la dispersion des structures d’appui aux investisseurs, l’accumulation des arriérés de paiement, les velléités de renégociation des contrats et la faible capacité du secteur informel à nouer des partenariats.

Pour permettre à la CCIAD de jouer pleinement son rôle, Abdoulaye Ly propose enfin la création, par syndication, d’une société de projets dédiée aux secteurs alignés sur les orientations de l’Agenda national de Transformation Sénégal 2050. Elle pourrait réunir assureurs, notaires, épargnants, banques, fonds d’investissement, partenaires techniques et financiers, le Fonds souverain d’investissements stratégiques (FONSIS) et la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC).

Cette structure aurait notamment pour missions de réaliser les études de faisabilité, mobiliser les financements, promouvoir les projets, construire des partenariats et créer un effet de levier financier. Plusieurs projets pourraient être concernés, parmi lesquels le Centre polyclinique de Sangalkam, le Parc écosystème de construction, la Plateforme technologique de Dakar, le Domaine de services automobiles, le transport maritime de proximité, le Grand marché continu, les Unités de stockage alimentaire, le Centre Dakar-Partenariats et la Plateforme Pharmapolis.

Onass MENDY

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