Accès aux marchés publics : La CCIAD et l’ARCOP renforcent les capacités des entreprises pour une meilleure compétitivité

La Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture de Dakar (CCIAD), en partenariat avec l’Autorité de Régulation de la Commande Publique (ARCOP), organise du 7 au 9 juillet 2026 un atelier de formation consacré à l’accès aux marchés publics. Pilotée par la Cellule de Coordination et d’Appui aux Entreprises de l’Institution consulaire, cette initiative vise à doter les chefs d’entreprise des connaissances et des outils nécessaires pour mieux se positionner sur la commande publique. Une vingtaine d’entreprises prennent part à cette session de renforcement des capacités animée par le Dr Oumar Diokhané, consultant mandaté par l’ARCOP.

Durant trois jours, les participants sont initiés aux fondements juridiques et institutionnels de la commande publique, aux procédures de passation des marchés ainsi qu’aux stratégies permettant aux opérateurs économiques d’optimiser leurs chances d’accéder aux marchés de l’État. Le formateur est revenu sur l’organisation du système sénégalais des marchés publics, articulé autour de plusieurs institutions. L’ARCOP assure le contrôle a posteriori de la commande publique, tandis que la Direction Centrale des Marchés Publics (DCMP) exerce un contrôle a priori. Les autorités contractantes, constituées notamment de l’État, des collectivités territoriales, des établissements publics, des agences et des directions administratives, sont chargées de la passation des marchés, en interaction avec les opérateurs économiques du secteur privé.

Dr Oumar Diokhané a également présenté les principales évolutions du Code des marchés publics. Selon lui, la réforme est venue corriger plusieurs insuffisances de l’ancien dispositif, notamment la multiplication des dérogations, la réduction progressive du champ d’application du Code, la faible prise en compte des achats publics durables, l’inadéquation avec le budget-programme ainsi que l’insuffisante intégration des PME et des startups.

Prévenir les risques de fraude

Le nouveau dispositif introduit plusieurs innovations majeures, parmi lesquelles l’intégration des principes de développement durable et d’innovation, une harmonisation institutionnelle avec l’ARCOP, un meilleur encadrement du champ d’application du Code, le renforcement du régime juridique des accords-cadres, la prise en compte des exigences du budget-programme, la clarification des délais de recours ainsi que l’obligation d’allotir les marchés afin de faciliter l’accès des PME à la commande publique.

Le champ d’application du Code a également été détaillé. Celui-ci concerne notamment l’État, les collectivités territoriales, les établissements publics, les sociétés nationales, les agences ainsi que certaines structures parapubliques. En revanche, certaines opérations demeurent exclues, notamment les équipements destinés à la défense et à la sécurité nationales, certains services d’arbitrage, l’acquisition de produits pétroliers soumis à des régimes spécifiques ou encore les contrats de travail.

Le formateur a par ailleurs rappelé que chaque autorité contractante est tenue de mettre en place une Cellule de Passation des Marchés, chargée de préparer les dossiers, ainsi qu’une Commission des Marchés responsable de l’ouverture des plis, de l’évaluation des offres et de l’attribution provisoire des marchés. Il a également insisté sur l’importance de l’acte d’approbation administrative, indispensable pour conférer une valeur juridique au marché, ainsi que sur les seuils réglementaires d’approbation.

Une partie importante des échanges a été consacrée aux risques de fraude susceptibles d’intervenir à chaque étape de la procédure. Le consultant a notamment évoqué les communications sélectives d’informations privilégiées lors de la préparation des appels d’offres, les irrégularités pouvant affecter l’évaluation des offres ou encore les dérives constatées pendant l’exécution des contrats, telles que les paiements indus, les surfacturations ou le non-respect des pénalités contractuelles.

Anticiper les appels d’offre

Au-delà des aspects réglementaires, la deuxième partie de la formation a mis l’accent sur les mécanismes d’élaboration du Plan de Passation des Marchés (PPM) et de l’Avis Général de Passation des Marchés (AGPM), présentés comme de véritables instruments d’anticipation pour les entreprises.

Le consultant a expliqué que le PPM constitue bien plus qu’une simple obligation administrative. Il représente une garantie de transparence et de contrôle de la commande publique, tout en offrant aux opérateurs économiques une visibilité sur les opportunités de marchés à venir. Quant à l’AGPM, il joue un rôle complémentaire en annonçant les principaux projets de marchés et en améliorant leur prévisibilité.

Selon Dr Oumar Diokhané, ces deux outils poursuivent des objectifs communs : renforcer la transparence de l’action publique, améliorer la prévisibilité des marchés, promouvoir un accès égalitaire à la commande publique, stimuler la concurrence et contribuer à une meilleure gouvernance des finances publiques.

Le formateur a invité les entreprises à adopter une démarche proactive fondée sur une veille stratégique permanente. L’exploitation régulière du PPM et de l’AGPM permet notamment d’anticiper les appels d’offres, d’évaluer le potentiel commercial des marchés annoncés, de préparer les ressources techniques et financières nécessaires et d’optimiser la qualité des réponses aux consultations.

Maîtrise des règles

 Dr Diokhané a également recommandé aux entreprises de mettre en place une veille institutionnelle et réglementaire afin de suivre les évolutions du cadre juridique national et des normes communautaires. L’analyse des PPM et des AGPM doit permettre d’identifier les secteurs porteurs, les différents lots mis en concurrence ainsi que les opportunités offertes aux PME.

Cette veille doit être complétée par une analyse concurrentielle, reposant sur l’observation des marchés attribués, des politiques publiques et du niveau de concurrence dans chaque secteur d’activité. À cela s’ajoutent une veille numérique et relationnelle, fondée sur le développement du réseautage institutionnel et la participation régulière aux formations spécialisées.

Enfin, Dr Oumar Diokhané a encouragé les entreprises à renforcer leur compétitivité en développant une expertise clairement identifiée. Selon lui, la spécialisation dans un domaine précis, la valorisation du capital humain et technique ainsi que l’alignement des compétences sur les critères d’évaluation des offres constituent aujourd’hui de véritables avantages concurrentiels.

À travers cette session de formation, la CCIAD et l’ARCOP entendent ainsi permettre aux entreprises sénégalaises de mieux maîtriser les règles de la commande publique, d’anticiper les opportunités offertes par les marchés de l’État et de renforcer durablement leur compétitivité dans un environnement où la transparence, la planification et la professionnalisation deviennent des facteurs déterminants de réussite.

Onass MENDY

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