Symposium social du CNP : Le dialogue social, levier de compétitivité et de paix sociale
Le Conseil national du patronat (CNP) a organisé, le lundi 28 septembre 2026 à Dakar, un symposium social consacré aux responsabilités respectives des employeurs, des travailleurs et de l’État dans la consolidation de la paix sociale. Placée sous le thème « Investissement privé, Gouvernance d’entreprise, Liberté syndicale, Dialogue social et Paix sociale : quelles responsabilités des employeurs, des travailleurs et de l’État ? », la rencontre a mis en évidence le rôle déterminant du dialogue social dans la stabilité des entreprises, la protection des travailleurs et la compétitivité de l’économie.
Prenant la parole au nom du CNP, son vice-président, Meïssa Fall, a souligné que la paix sociale constitue « une richesse productive indispensable » au développement économique du pays. Selon lui, le contexte actuel doit être davantage considéré comme « une zone de turbulence sociale » que comme une crise, appelant l’ensemble des acteurs à faire preuve de responsabilité et de résilience.
Pour le représentant du patronat, l’amélioration du climat social passe notamment par la prise en charge des préoccupations des différentes parties et par la construction de « consensus forts ». « Se parler, s’écouter » doit ainsi constituer un principe directeur du dialogue social, conformément à l’esprit du tripartisme promu par l’Organisation Internationale du Travail (OIT).
Créer un environnement favorable
Meïssa Fall a également insisté sur la nécessité de garantir le travail décent, la dignité humaine, la justice sociale et le respect des droits fondamentaux des travailleurs. Il a rappelé que la situation de plusieurs entreprises demeure fragile dans différents secteurs, ce qui appelle à préserver les acquis sociaux tout en veillant à la santé économique des entreprises.
Dans cette perspective, le vice-président du CNP a invité les acteurs à transformer les difficultés en opportunités et les « obstacles en escaliers », afin de créer les conditions d’une nouvelle dynamique de croissance. Il a préconisé de privilégier le règlement des différends à l’interne, afin d’éviter autant que possible les contentieux. Dans le même temps, M. Fall a plaidé pour l’actualisation des sections professionnelles du tribunal du travail et l’amélioration du dispositif de gestion des contentieux judiciaires.
Pour sa part, la Directrice du Bureau de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) pour le Sénégal, la Gambie et la Guinée, Samira Daoud, a insisté sur la nécessité de mettre en place un environnement professionnel fondé sur des mécanismes communs de prévention et de résolution des différends.
Elle a salué la signature du Pacte de stabilité sociale en mai 2025, ainsi que l’adoption du nouveau Code du travail en septembre 2026. Mme Daoud a également relevé la ratification par le Sénégal de dix conventions internationales fondamentales, considérées comme des instruments importants pour la protection des travailleurs et la sécurité juridique des différents acteurs.
Pour la représentante de l’OIT, les efforts doivent notamment porter sur la sécurité et la santé au travail, la protection des travailleurs et la garantie de la liberté syndicale. Le tripartisme, a-t-elle rappelé, constitue à la fois une valeur et une méthode efficace pour prévenir et résoudre les différends.
Mme Daoud a ainsi appelé à renforcer le dialogue social et à rechercher une meilleure complémentarité entre progrès économique et progrès social, estimant que la stabilité des relations professionnelles contribue à créer un environnement favorable à l’investissement et à l’activité économique.
S’inspirer de la culture allemande du consensus
La Chargée de programmes à la Fondation Konrad Adenauer, Fatoumata Sy Guèye, a également plaidé pour une approche fondée sur la concertation et la recherche de solutions partagées. Elle a insisté sur la nécessité de s’appuyer sur des institutions solides et des entreprises responsables pour construire un dialogue social durable.
Évoquant le modèle allemand, Mme Guèye a mis en avant la culture du consensus et de la concertation développée dans ce pays. Cette expérience, a-t-elle estimé, peut constituer une source d’inspiration pour le Sénégal, notamment dans la recherche de mécanismes permettant de prévenir les tensions et de favoriser des solutions équilibrées.
Selon la représentante de la Fondation Konrad Adenauer, le dialogue social ne doit pas être perçu uniquement comme un outil de règlement des conflits, mais également comme un levier permettant de renforcer la compétitivité des entreprises. La confiance et le respect mutuel entre les différentes parties constituent, à cet égard, des conditions essentielles.
Le secrétaire général de la Confédération Nationale des Travailleurs du Sénégal (CNTS), Mody Guiro, a salué l’initiative du CNP et rappelé que la liberté syndicale constitue un droit fondamental. Il a appelé au respect effectif de ce droit dans l’ensemble des entreprises et secteurs d’activité.
M. Guiro a notamment mis en garde contre toute discrimination liée à l’engagement syndical et attiré l’attention sur la multiplication des contrats précaires. Le responsable syndical a également insisté sur la nécessité pour les entreprises de respecter les engagements pris à l’égard des travailleurs.
Pour lui, le renforcement des méthodes de prévention, de négociation et de médiation doit permettre de réduire les tensions et d’améliorer le règlement des différends. Il a également appelé à renforcer la formation des travailleurs et des responsables syndicaux.
« Les syndicats ne doivent pas être considérés comme des adversaires, mais plutôt comme des partenaires », a-t-il soutenu, invitant les parties à privilégier un dialogue fondé sur la transparence et le respect mutuel. Le responsable syndical a plaidé, dans ce cadre, pour le passage « d’une culture de la confrontation à une culture du dialogue », dans laquelle l’État, les employeurs et les travailleurs assument pleinement leur responsabilité partagée.
Venu présider la cérémonie, le ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme du service public, Mamadou Lamine Dianté, a replacé la question du dialogue social dans une perspective plus large de gouvernance. Il a rappelé que la liberté syndicale est un droit fondamental qui ne doit pas être appréhendé comme un facteur de confrontation.
Renforcer les mécanismes de régulation
L’enjeu, selon lui, consiste plutôt à organiser l’expression des positions divergentes et à construire des compromis acceptables. Il a ainsi appelé à consolider une véritable chaîne de régulation sociale dans la mesure où la liberté syndicale permet aux travailleurs de porter collectivement leurs droits, la négociation collective offre un cadre pour rechercher des solutions et les mécanismes de régulation permettent d’accompagner les pratiques lorsque survient un différend.
Dans l’entreprise, le ministre a souligné la complémentarité entre sécurité sociale et sécurité des investissements. Il a appelé les différents acteurs à anticiper les tensions, à contribuer à la performance et à la stabilité des entreprises et à éviter qu’un simple désaccord professionnel ne se transforme en crise sociale. Cette démarche suppose également de suivre, d’évaluer et, au besoin, de réajuster les engagements pris par les différentes parties.
Au terme des échanges, plusieurs pistes ont été mises en avant pour consolider le dialogue social. Elles portent notamment sur le renforcement de la négociation, le développement de mécanismes alternatifs et légitimes de règlement des différends, ainsi que le renforcement des capacités des intermédiaires sociaux.
Les participants ont également appelé à promouvoir une gouvernance sociale responsable au sein des entreprises et à renforcer le cadre juridique et institutionnel. Il s’agit, à terme, de consolider les acquis sociaux tout en les adaptant aux transformations du monde du travail.
Onass MENDY


