Accès au financement des femmes du secteur informel : La CCIAD plaide pour une meilleure inclusion financière
La Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture de Dakar (CCIAD), à travers la Commission de Promotion de l’Entrepreneuriat Féminin, a organisé, le jeudi 16 juillet 2026, un atelier sur le thème : « La contribution des femmes dans le secteur informel : quelles démarches pour leur accès aux financements ? ». Les différentes communications ont permis de mieux cerner l’apport des femmes dans ce maillon essentiel de l’économie sénégalaise. Les intervenants ont également mis en lumière les avancées enregistrées ainsi que les réformes à engager pour une meilleure prise en compte de leurs préoccupations.
La présidente de la Commission de Promotion de l’Entrepreneuriat Féminin de la CCIAD, Khady Fall Tall, a souligné l’importance de susciter une réflexion sur la contribution des femmes dans le secteur informel. Elle a rappelé le rôle essentiel qu’elles jouent dans des secteurs stratégiques, notamment l’agriculture et l’artisanat. Mme Tall a également insisté sur la nécessité de documenter les bonnes pratiques et de mieux valoriser la contribution des opératrices économiques. Elle a remercié le président de la CCIAD, les membres du Bureau, les présidents de Commission de l’Institution consulaire ainsi que les experts pour leur engagement. Par ailleurs, la présidente de l’Association des Femmes de l’Afrique de l’Ouest (AFAO-WAWA) a salué la forte mobilisation des entrepreneures.
Quatre leviers
Représentant le président de la CCIAD, le vice-président de l’Institution, Dr Daouda Thiam, a réaffirmé la détermination de la Chambre consulaire à accompagner l’essor de l’entrepreneuriat féminin. Il a salué le travail remarquable de la Commission dirigée par Khady Fall Tall, qui a su créer un cadre d’échanges favorisant la levée des obstacles à la croissance des activités des femmes. Le représentant du président de la CCIAD a souligné que, malgré leur contribution indéniable à l’économie sénégalaise, les femmes restent confrontées à un véritable plafond de verre, matérialisé par des barrières structurelles qui freinent le développement de leurs activités. Selon lui, l’accès à un financement formel, pérenne et adapté demeure le principal défi.
Dr Thiam a identifié quatre piliers pour relever ce défi historique, qui justifie la tenue de cet atelier. Il s’agit, d’une part, de la formalisation des activités ainsi que de la connaissance et de la maîtrise des mécanismes de financement et, d’autre part, de la structuration des entrepreneures en coopératives ou en Groupements d’intérêt économique (GIE), ainsi que de la préparation de projets solides et rigoureux.
Le vice-président de la CCIAD a réitéré l’engagement de l’Institution à accompagner les femmes dans leurs démarches de formalisation, à soutenir leurs groupements et à veiller à ce que leur inclusion financière devienne une réalité tangible dans la région de Dakar comme sur l’ensemble du territoire national.
Dans sa présentation, la directrice du Fonds de Développement et de Solidarité Municipale (FODEM), Aminata Diop Samb, a insisté sur le renforcement de l’accès au financement, aux marchés et aux opportunités comme levier de transformation durable de nos sociétés. Elle a énuméré sept raisons d’investir dans l’autonomisation économique des femmes. Selon elle, cet investissement permet d’améliorer durablement les revenus des ménages, de créer des emplois décents, de renforcer la sécurité alimentaire, d’encourager l’innovation et l’entrepreneuriat, de favoriser l’accès aux marchés publics et privés, d’accélérer la transition écologique à travers le recyclage, les énergies renouvelables et l’économie circulaire, ainsi que d’accroître la participation des femmes à la gouvernance économique et politique.
Divers enseignements
Mme Diop a également évoqué les défis persistants liés aux compétences, aux facteurs socioculturels ainsi qu’aux contraintes économiques et financières. Selon elle, les femmes disposent d’un potentiel économique considérable, illustré par leurs capacités entrepreneuriales, leur cohésion sociale, leur implication dans l’économie familiale, leur volonté d’investir et de créer des emplois, ainsi que leur contribution majeure au développement local.
La directrice du FODEM a, par ailleurs, mis en exergue le rôle déterminant de la formalisation, notamment pour l’accès aux marchés publics, au crédit bancaire, à la production d’états financiers, au renforcement de la crédibilité auprès des partenaires et à une croissance durable des entreprises. Elle a indiqué que le FODEM prône une approche intégrée visant à rapprocher les femmes entrepreneures des banques, des institutions de microfinance et des investisseurs. Celle-ci repose essentiellement sur la formalisation juridique, l’accompagnement personnalisé, la formation entrepreneuriale, la comptabilité, la digitalisation, l’accès au financement et le suivi post-financement.
Mme Diop a également souligné la nécessité de renforcer les mécanismes de financement au niveau des banques, des institutions de microfinance, de l’État et des collectivités territoriales. Selon elle, plusieurs enseignements se dégagent : la formation renforce les compétences, la formalisation améliore la crédibilité, les états financiers rendent les entreprises bancables, le financement stimule la croissance et un accompagnement durable réduit les risques.
Changement de statut
Enfin, la directrice du FODEM a formulé plusieurs recommandations, parmi lesquelles le développement de politiques publiques favorables à l’entrepreneuriat féminin, la simplification de l’accès au financement et le renforcement des fonds de garantie. Elle encourage l’intensification des partenariats entre les banques, les institutions de microfinance et les collectivités territoriales, la généralisation de l’éducation financière, le renforcement de la digitalisation des entreprises, la facilitation de l’accès aux appels d’offres et aux contrats publics, ainsi que la promotion des réseaux d’affaires féminins aux niveaux national et international.
Pour sa part, le consultant Dr Aliou Niang a abordé les démarches susceptibles de renforcer l’accès des femmes au financement. Au niveau de l’État, il préconise de faciliter la formalisation des activités et d’adopter une politique fiscale plus souple et mieux adaptée. Il recommande également l’organisation annuelle d’une Journée nationale de la formalisation des femmes, en partenariat avec la Commission de Promotion de l’Entrepreneuriat Féminin, ainsi que l’adoption d’une loi nationale spécifique sur le financement des femmes.
Dr Niang suggère par ailleurs de réserver une part de la Commande publique aux femmes entrepreneures et de renforcer leurs capacités techniques en matière de gestion d’entreprise, de montage de dossiers de financement et de gestion financière. Le consultant recommande également à la Commission de Promotion de l’Entrepreneuriat Féminin de la CCIAD d’encourager l’autofinancement. À terme, ces différentes mesures devraient permettre aux femmes entrepreneures de passer du statut de gardiennes, souvent fragilisées, de l’économie nationale à celui d’actrices centrales de la résilience économique du Sénégal.
Le représentant de la Direction Générale des Impôts et des Domaines (DGID), Doudou Thiam Sall, a apporté des éclaircissements sur l’accompagnement fiscal des entreprises. Il a rappelé que la formalisation constitue un préalable indispensable à l’accès au financement.
Onass MENDY


